La position du gouvernement allemand à l’égard des réfugiés 2015-2017

Floriane SPIELMANN titulaire du Master 2 Droit et politiques de l’Union européenne de l’université de Strasbourg

 

Résumé 

L’article suivant traite des conséquences de la crise migratoire en Allemagne, autant sur la population que sur l’économie. Nous étudierons également la politique menée par le gouvernement allemand et son évolution entre 2015 et 2017.

This article deals with the consequences of the refugee crisis in Germany on the population and on the economy. We will also focus on the politics conducted by the German government and its evolution between 2015 and 2017.

 

Article complet

La position du gouvernement allemand à l’égard des réfugiés 2015-2017

Floriane SPIELMANN titulaire du Master 2 Droit et politiques de l’Union européenne de l’université de Strasbourg

Lire le PDF

 

1« Il y a 2,3% de la population mondiale qui est en mouvement ; plus que 230 millions d’hommes et de femmes, donc ce n’était qu’une question de temps avant de voir débarquer chez nous beaucoup de malheureux qui n’ont pas la chance de vivre comme nous au soleil mais qui, depuis qu’ils sont nés, doivent vivre dans l’ombre. Avec la guerre en Syrie, les désordres en Afrique du Nord, la décomposition de l’Etat libyen, le moment était proche, déjà l’année passée, où l’Europe serait confrontée à l’un de ses plus grands défis depuis les 30, 40 dernières années […] Si on n’aime pas l’autre qui vient d’ailleurs, on cessera un jour de nous aimer entre nous. Il n ́y a pas le monde et l’Europe d’une part, il ya l’Europe dans le monde. Et il faudra montrer que nous savons que l’Europe n’est pas une invention pour elle-même, il faudra que nous soyons moins nombrilistes, mais il faudra que nous mettions nos ambitions et nos talents au service de la planète entière. » annonçait Jean-Claude JUNCKER dans son discours du 28 octobre 2015.

2La « crise des réfugiés » a montré les failles de l’Union européenne, et notamment son incapacité à faire face à un objectif que les Etats membres s’étaient fixé, mettre en place une politique commune d’asile et d’immigration (article 67 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne). La solidarité voulue a fait place à une défiance des Etats membres dans les systèmes voisins. Madame Valérie MICHEL expose ce point dans son article « L’Europe, terre d’accueil ou forteresse lézardée », en montrant que « la « crise des réfugiés » doit sans aucun doute mettre l’Union européenne et ses membres face à eux-mêmes, face à leurs responsabilités […] il s’agit de trouver les moyens de passer d’une défiance mutuelle avérée au quotidien à une confiance mutuelle dont on peine à trouver trace » 1.

3Cette confiance mutuelle n’est toujours pas d’actualité, cependant certains Etats, notamment l’Allemagne, ont eu une position accueillante à destination des migrants.

4(La « crise des réfugiés » en chiffre : )
Le premier pas fut l’accord Schengen, signé le 14 juin 1985 menant à une suppression graduelle des contrôles aux frontières communes, cependant à l’automne 2015, l’Allemagne est le premier Etat membre à rétablir des contrôles aux frontières conformément aux articles 23 et suivants du Code frontières Schengen, permettant le rétablissement des contrôles en cas de menace grave pour l’ordre public et la sécurité intérieure2.

5La réinstauration de ces contrôles aux frontières a été faite sur le fondement de l’afflux massif de personnes demandant la protection internationale. En effet, fin 2015, l’Allemagne a accueilli environ 800 000 demandeurs d’asile, contre seulement 200 000 en 2014. Concernant le nombre de première demande d’asile faite en Allemagne, il est passé de 173 000 en 2014 à 442 000 en 2015.

6« En 2015, 593 000 décisions de première instance ont été rendues dans tous les Etats membres de l’Union. L’Allemagne a enregistré de loin le plus grand nombre de décisions, soit plus de 40 % du nombre total de décision de première instance rendues dans l’Union européenne »3.

7Le journal, Le Monde, publie le 11 janvier 2017 les résultats d’Eurostat, et rajoute que 280 000 nouveaux demandeurs d’asile sont entrés sur le territoire allemand en 2016. Durant cette année, 36% des demandes proviennent de réfugiés syriens, 17 % d’Afghanistan et 13 % de réfugiés demandant l’asile en Allemagne sont irakiens4.
Cet afflux de personnes a cependant créé un climat de peur au sein de la population allemande, certains allemands se trouvent en contradiction totale avec la politique menée par Angela MERKEL (I). Toutefois cette peur reste infondée, et ne fait pas plier la chancelière (II).

 

I – « LA CRISE DES MIGRANTS » CREANT UN CLIMAT DE PEUR

8Ce climat de peur envers les migrants est démontré par la monté en puissance de différents groupes anti-islam, où leur manifestation, mènent parfois à des débordements (A). Ce sentiment d’insécurité de la population est également relayé par certains journaux, malheureusement, certaines informations diffusées par ces derniers sont fausses ou s’écartent de la réalité (B).

A. La peur envers les migrants attisée par l’extrême-droite

9Cette montée de peur au sein de la population allemande se retrouve dans différents faits divers des journaux allemands, comme par exemple en août 2015, dans la ville d’Heidenau en Saxe. Un centre de réfugiés a été installé dans cette petite bourgade allemande de 16 000 habitants devant accueillir 600 demandeurs d’asile5. Toutefois des habitants ainsi que des militants d’extrême droite ont manifesté leur mécontentement menant à des affrontements avec la police et des agressions racistes. La chancelière allemande a condamné ces débordements et a réaffirmé la volonté de l’Allemagne d’être un pays d’accueil.

10Le mouvement islamophobe Pegida, acronyme de « Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident », est l’auteur de plusieurs actions anti-migrants. Ce mouvement allemand avait appelé à une manifestation en février 2016, suivi dans plusieurs villes de quatorze Etats de l’Union, comme Calais, Birmingham, Varsovie ou encore Dresde (Allemagne) et Graz (Autriche). Néanmoins, ce courant insufflant un climat de peur est en perte de vitesse selon Le Courrier International6.

11Ce climat de peur est également diffusé par certains médias relatant des événements qui ne se sont pas produits.

B. La nécessité de discerner le vrai du faux dans les informations diffusées par les médias

12C’est le cas notamment du journal allemand Bild, qui titrait le 6 février 2017, « Trente-sept jours après les faits, des victimes rompent le silence » où il était question de vols, de violences physiques et sexuelles sur de jeunes femmes allemandes par des migrants lors de la nuit de la Saint-Sylvestre. Ces cas étaient similaires à la situation vécue à Cologne dans la nuit du 31 décembre 2015 au 1er janvier 2016. Mais en 2017, la police de Francfort s’étonnait de n’avoir reçu aucune plainte pour de tels événements. Et pour cause, le journal Bild relayait une fausse information ayant pour seul fondement le témoignage d’une jeune fille de 27 ans.

13De tels événements ont effectivement eu lieu à Cologne entre 2015 et 20167, mais le début de l’année 2017 a été épargné par ces actes. Le journal L’Express vient également enrichir les informations concernant les attaques à Cologne dans son article « Agressions de Cologne : non, les migrants ne sont pas les principaux auteurs ». Ce dernier reprend les précisions apportées par le procureur de Cologne, Ulrich BREMER, « parmi les suspects, 25 sont algériens. On compte 21 marocains, trois tunisiens, trois allemands, deux syriens, un irakien, un libyen, un iranien et un monténégrin », ainsi une minorité pourrait avoir le statut de migrants8.

14La politique allemande d’ouverture est mise à mal par les différents groupes anti-islam manifestant leur mécontentement de l’ouverture, mais également par les journaux relayant de fausses informations. Pourtant cette politique a grandement favorisé l’économie.

 

15II – LA CONTINUITE DE LA POLITIQUE D’OUVERTURE

16Le gouvernement allemand affaiblit sa politique d’ouverture, mais reste dans une lignée d’accueil des réfugiés (B). Cette continuité reste facilement compréhensible au vu de l’impact bénéfique de l’arrivée massive de populations sur l’économie allemande (A).

A. Le rôle positif de la position allemande sur l’économie

17La politique allemande d’accueil des migrants a eu un impact favorable sur l’économie dans différents domaines. L’économie allemande, en 2016, a fait un bond de près de 2%, selon Marcel FRATZSCHER, président de l’Institut économique de Berlin, l’impact des réfugiés sur la croissance serait de 0,3%, « l’effet positif des demandeurs d’asile sur les performances économiques du pays va se renforcer dans les prochaine années », et « leur intégration pourrait augmenter la croissance de 0,7% » à long terme.

18L’économie allemande a été renforcée grâce à plusieurs phénomènes. Tout d’abord la hausse soudaine de la population a permis d’une part d’augmenter les dépenses publiques de 4,2 % et d’autre part d’augmenter la consommation des ménages de 2%. Afin d’accueillir les demandeurs d’asile, des constructions immobilières ont été nécessaires, ce secteur a connu une hausse de 4,3%. Enfin concernant les emplois, quelques dizaines de milliers de réfugiés ont trouvé un emploi. Et « la chambre de commerce et d’industrie table sur la création d’un demi- million de postes en 2017 »9.

19La politique allemande d’accueil des réfugiés a permis au pays de booster sa croissance, et d’accueillir les réfugiés décemment grâce aux logements construits et aux propositions d’emplois permettant leur intégration. Pourtant on peut se demander si la position du gouvernement allemand ne va pas changer avec les élections futures.

B. Un réel changement de position dû aux élections prochaines ?

20En effet, la côte de popularité d’Angela Merkel a chu face à la monté du parti populiste Alternative für Deutschland qui regroupe entre 9 et 15% des intentions de vote. Les élections prévues à l’automne 2017 changeraient-elles la position du gouvernement actuel allemand ?

21En novembre 2015, après une réunion avec le gouvernement allemand, le séjour accordé aux réfugiés sera limité, ils n’auront qu’une protection subsidiaire d’un an renouvelable, contre dix ans pour le statut de réfugié10.

22En juillet 2016, la chancelière refuse de remettre en cause sa politique d’ouverture destinée aux demandeurs d’asile, cependant un pas en arrière est déjà effectué. En effet, la chancelière évoque la prise de mesures facilitant l’expulsion des réfugiés si leur demande d’asile est rejetée ou si ces derniers enfreignent la loi11.
Toutefois, en février 2017, un magazine allemand prétend que la chancelière allemande serait passée d’une politique de bienvenue à une politique de renvoi12. Ce qui ne sera validé qu’à moitié en avril 2017 dans un article de Jan DÖRNER, qui expose la volonté de l’Allemagne de renvoyer les réfugiés vers la Hongrie, mais sous conditions, que la Hongrie respecte les standards mis en place par l’Union européenne13.

23La position du gouvernement allemand reste celle de l’accueil et de l’ouverture, malgré un net affaiblissement de cette position. La chancelière prône la solidarité au sein de l’Union européenne, comme l’a montré son soutien à l’instauration de quotas afin de permettre la redistribution égale de migrants entre les Etats membres. Elle a réaffirmé cette volonté en mars 2014 en exprimant sa solidarité avec l’Italie. Cette cohésion se caractérise par la proposition de réinstaller 500 réfugiés par mois de l’Italie vers l’Allemagne14.

24Cependant ces problèmes doivent être résolus au sein de l’Union européenne, et non au sein d’un seul Etat, afin de répondre au mieux à cette crise, des épreuves restent alors à surmonter pour l’Allemagne, et pour tous les pays de l’Union.
La « crise des migrants » reste un sujet européen, qui dépasse les frontières, or à l’heure actuelle la souveraineté prévaut sur l’action commune. Les Etats restent ancrés sur leur position et continuent à considérer que cela reste un problème national, alors qu’une réponse à l’unisson serait idéale.

25Et c’est ce à quoi aspire les dirigeants allemand et français, ils désirent mettre en place un droit d’asile unifié15. Toutefois les Etats restent réticents à leur proposition, notamment celle de répartition des migrants en fonction de quotas. Le référendum en Hongrie concernant la relocalisation des demandeurs d’asile a montré que le peuple hongrois n’était pas prêt à se montrer plus solidaire avec les Etats de l’Union.

26L’Union européenne cherche à construire cette solidarité, la Commission européenne désire mettre en place des mesures de sanctions afin que les Etats membres comblent leur lacune d’entraide. Frans Timmermans, vice-président de la Commission recommande aux Etats « jugés « bon élèves » de « faire pression » sur les autres »16. L’Allemagne reste un des meilleurs éléments de l’Union en matière de politique d’asile et d’immigration.

27La proposition de réforme de Dublin étale également la faiblesse de l’Union face à cette crise sans précédent17. Néanmoins le règlement Dublin III18 ayant été conçu par « temps calme », il s’est avéré inadapté quand le nombre de réfugiés a considérablement augmenté.